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25 mai 2022

St-Jorioz: calme plat par tous les temps

Avec son nouvel écran «anticlapot», le petit port sur le lac d'Annecy s'est mis à l'abri de la houle. Un dispositif analogue protège les plates-formes de forage en mer.

StJorioz

Pour vaincre le clapot sur le lac d'An­necy, le port de Saint-Jorioz fait appel à une technique issue des protections des plates-formes de forage en mer. La mise en place est aujourd'hui terminée. Plu­sieurs municipalités suisses s'intéressent à cette première mondiale.

Le port de Saint-Jorioz a retrouvé son calme. Désormais un écran anticlapot le libère des incessantes vagues produi­tes par des vents de vallée violents.

La houle provoquait régulièrement à cet endroit des dégâts aux pontons où s'amar­rent les bateaux et érodait les berges. Depuis longtemps le maire de la commune, M. Pacquetet, cherchait une solution pour remédier à ce problème. Mais peu de possibilités s'of­fraient à lui et au Syndicat intercommunal des communes riveraines du lac, qui a pris l'affaire en main. Finalement, seul l'écran anti-clapot fut retenu. Une méthode mise au point par une société marseillaise, «Océa-mer», et appliquée pour la première fois à un espace portuaire.

Cette technique issue des plates-formes de forage «Offshore» permet aujourd'hui à Saint-Jorioz d'éliminer 80% de la houle. L'ouvrage est constitué de pieux métalliques (16 au total) d'une hauteur de 22 mètres, enfichés dans le sol du lac sur 14 mètres et distants les uns des autres de 10 mètres. Le tout supportant un double écran anti-clapot, dont une petite partie (1 m. 50) émerge.

Un premier écran orienté vers le large brise les vagues à l'aide de profilés, parallèles et inclinés. Ces mêmes vagues sont totalement arrêtées par le deuxième écran, côté berge. Constitué de tôles pleines, le deuxième écran supporte des échelles et passerelles de circu­lation pour' la visite et l'accès aux bateaux. C'est sur ce dernier que 65 bateaux pourront venir s'amarrer. Grâce à cette digue métalli­que, longue de 170 mètres, le port de Saint-Jorioz a ainsi augmenté sa capacité d'accueil. Selon une estimation, dans le cas du port dé Saint-Jorioz, une digue de rochers et béton aurait coûté de 30 à 40 millions de francs français. La solution anticlapot ne dépassera pas les 3 millions de francs français, soit 10 fois moins.

Face à de tels atouts, de nombreuses com­munes, dont des municipalités suisses, se sont intéressées de très près à cette réalisation. Il est certain que le lac d'Annecy n'est pas com­parable au Léman, mais le système inspiré• des mers pourrait également trouver sa place sur un lac plus grand.

Ce n'est pas Tintin s'apprê­tant ici à partir, sans Milou, vers la lune. Mais Gabriel Di Domenico, le "patron" d'Océamer, essayant la nouvelle com­binaison spéciale étanche per­mettant aux plongeurs de sa société de s'enfoncer sans dommage dans des milieux particulièrement hostiles -­stations d'épuration, fosses septiques et autres barrages aux eaux douteuses...

De fait, cet autodidacte de la mer de 42 ans, qui fit ses pre­mières armes sous l'eau en pê­chant oursins, violets et co­raux avant de devenir plon­geur puis pilote des submersi­bles de COMEX, s'est fait dé­sormais une spécialité de tous les travaux sous-marins au­tres que pétroliers. Et de Men­ton à Perpignan, en passant par les lacs d'Annecy ou de Serre-Ponçon, les quatre so­ciétés qu'il a créées ou reprises depuis 1982 se sont peu à peu imposées comme les leaders économiques régionaux dans leur domaine.

A preuve la première mon­diale réussie par ses plon­geurs, en 85 dans le barrage de Carcès (Var) : 37 mètres de soudure sous-marine pour changer une vanne déficiente. A preuve, encore, le contrat si­gné récemment avec la 6ème Flotte américaine pour l'en­semble des bâtiments faisant escale en Méditerranée fran­çaise : comme le "Fairfax", le "Charleston" ou le "Trenton" récemment, ceux-là verront désormais leurs coques con­trôlées, carénées ou brossées par les plongeurs d'Océamer qui vont, par ailleurs, partir aussi du côté d'Annecy d'ici un mois. Mission : installer, sur le barrage de St Jorioz, un écran anti-clapot, sorte de barrière d'acier plantée sur pieds au fond du lac, suivant le brevet déposé par lui autre marseil­lais, Jean-Louis Somnier...

Autodidacte

Or rouge

La devise de Gabriel Di Do­menico : "je fonce donc je suis!" Pour autant, cet intaris­sable conteur qui déteste les palabres et n'aime rien autant que l'efficacité, n'en oublie pas ses premières amours. Et pour "La bride sur le cou" de FR3, cet après-midi, il parlera de ce corail que son épouse vend dans leur boutique du port de Cassis. De cet "or rouge" qu'il pêcha naguère à travers le monde. Du côté de St Tropez, certes, mais aussi du Cap Vert, de la Yougoslavie, de la Tuni­sie ou du Maroc...

Vous avez dit aventure

Jean-Pierre CHANAL (La Provence)

UN SCAPHANDRIER MARSEILLAIS DEVIENT P.-D.G.

Gabriel D. Domenico (41 ans) voulait ten­ter l'aventure de la création. Cet aventurier de la mer a donc monté ses propres entreprises : « Les ressources sous-marines » tout d'abord ; , « Oceamer » ensuite. Et ça marche

Il s'est créé, en France 84, plus de 80.000 sociétés et entreprises, alors que 24.300 autres disparaissaient. Des chiffres a priori surprenants dans le contexte économique actuel, qui prouvent que malgré la crise, malgré les lenteurs administratives, des hommes et des femmes font le pari de créer leur entreprise. A quelques jours du « Carrefour international des Créateurs d'Entreprise » qui s'ouvrira le 23 mai à Marseille, « Le Provençal » est allé voir quelques-un de ces « nouveaux patrons » de notre région.

« Il n'est pas obligatoire d'être fou pour travailler ici, mais ça aide... »

Il n'a pas opposé par hasard cette phrase sur la porte d'entrée de son bureau, face à sa table de travail et au casque de scaphandrier qu'il utilisa à ses débuts, Gabriel Di Do­menico. Cet ancien mécano mar­seillais de 41 ans qui s'ennuyait, adolescent, dans un garage, et vou­lait à la fois « tenter l'aventure et gagner du fric », le dit lui-meme en souriant :

« Je suis un peu fou! »

Plus que de la folie pourtant, ce petit bonhomme brun aux yeux rieurs et aux mains en perpétuel mouvement, qui avoue « avoir long­temps fait le complexe du manque d'instruction », avait le goût de la mission impossible. Du défi, aux autres comme à lui-même :

«J'avais, et j'ai toujours, l'envie de gagner... »

Son histoire, de fait, est une épo­pée mouvementée dont il faut brû­ler les étapes pour le retrouver, au­jourd'hui, à la tête — en tant qu'ac­tionnaire principal — de 3 sociétés, récentes mais apparemment pros­pères, de l'univers sous-marin. Elle commence donc lorsqu'à 17 ans, il « plaquait » volontiers l'atelier pour aller traîner sur les quais. Il se jet­tera — littéralement — à l'eau pour y « pirater » oursins, violets. Et tout ce que la mer recèle de trésors. Y compris le corail, qu'il va alors chercher au large de l'Algérie, de la Tunisie, du Maroc, du Congo, du Cap Vert et d'ailleurs.

Activité

En 62, le voilà scaphandrier dé­butant chez « l'Hippocampe » qu'il vient tout récemment de re­prendre. Puis, en 65, scaphandrier-professionnel effectuant toutes sortes de travaux portuaires, jus­qu'à ce qu'il renconte, au début des années 70, Henri Delauze. Le coup de foudre : il sera de tous les « coups » d'une COMEX qu'il dé­couvre naissante mais qu'il quitte à son sommet en 81. Plongeur, sou­deur hyper-bare, pilote de sous-marin de poche, instructeur : Ga­briel Di Domenico, qui a tout juste son certificat d'études, s'en va, ca­dra, avec un titre d'ingénieur-mai­son. Et de sérieuses références, lui qui a « bourlingué » sur bon nom­bre de mers du globe, qui a vécu des jours et des jours en caisson et travaillé plusieurs dizaines d'heu­res par jour à des profondeurs de 80, 100 ou 150 mètres :

« La mer, ça ne s'apprend pas à l'école », dit-il.

Il n'avait pas pour autant assouvi son attrait pour le risque, son com­plexe culturel et sa soif de gains —dans les années 76, il « tournait », selon les périodes, à 70.000 F men­suels !

« Il t en a qui « flambent », d'au­tres qui boivent ou se piquent, re­prend-il. Moi, quand arrive le week-end, je m'ennuie : mon truc, c'est le boulot. L'activité. Je ne me suis jamais levé un matin en souf­frant de devoir y aller. Je ne l'au­rais pas fait ! Milliardaire, je serais encore là... »

Sécurité

Il quitte donc la COMEX avec la certitude qu'Henri Delauze ne lui « cassera pas les reins ». Mais au contraire, avec un viatique offert par son ex-patron : un sous-marin de poche, avec laquel il espère dra­guer tous les coraux qui gisent au large de Cavalaire et d'ailleurs. Tout cela dans le cadre de LRS, « Les Ressources Sous-Marines », la première société qu'il créé et dont il reste, aujourd'hui, le princi­pal actionnaire. - Une société qui s'est, depuis, spécialisée dans l'as-sisatance technique et opération­nelle off-shore...

« De temps en temps, je fais ma « crise de sécurité », moi qui aime bien vivre, poursuit Gabriel Di Do­menico. Pendant un an, j'ai « décro­ché »... et créé à Cassis un commer­ce où je vendais du corail et des pierres taillées... ».

Une réussite, paraît-il. Qui pour­tant ne l'apaise pas. Et après avoir fait construire un petit « battsca-phe » destiné à promener les tou­ristes cassidains dans le cadre de « LRS », le voilà qui créé, en décem­bre 83 et avec l'aide d'un investis­seur, e Océamer » — dont les 4 plon­geurs des débuts sont aujourd'hui devenus 9. Tous actionnaires. « Des aventuriers », dit Gabriel Di Dome­nico, spécialisés dans la chaudron­nerie, la mécanique, le brossage, le « contrôle non-destructif » sous-marin bien sûr.

Ambition

Reste que Gabriel Di Domenico, qui r n'aime pas le mot patron », qui avait tout tenté pour dissuader son fils de devenir scaphandrier mais vient finalement de l'engager à « Océamer » après que celui-ci ait brillamment réussi ses examens, qui a écrit un « bouquin vrai de souvenirs vrais » après un accident de plongée, et qui n'exclut pas de tout « plaquer » pour partir en un lieu désert avec « quelques épaves de notre société pour leur redonner ambition et goût de vivre », Gabriel Di Domenico donc regrette le temps qu'il passait sous l'eau : « Ca peut « gueuler » tant que ça veut, en haut, dit-il. Là, on est tran­quille, en équilibre. Savoir ce qu'est un escompte, une traite, déjeuner avec des clients, c'est pas ma vie... »

Jean-Pierre CHANAL (La Provence)

Le retour à la vie d'un scaphandrier

Victime d'un accident de plongée le 27 Août dernier, Babriel Di Domenico lutte depuis quatre mois pour ne pas rester paraplégique.

Dans sa chambre, au cen­tre de rééducation fonc­tionnelle de Valmante, des photos lui rappellent que sa vie est entièrement con­sacrée à la plongée sous-marine. Il ne pense qu'au jour où il pourra à nouveau revêtir son scaphandre au­tonome. Mais ce pionnier de la grande aventure des travaux offshore, héritier de la grande tradition des "pieds lourds" marseillais, doit aujourd'hui lutter de toutes ses forces pour ne pas rester paraplégique.

C'était le 27 août dernier, Gabriel Di Domenico, 46 ans, patron de la compa­gnie Océamer, devait effec­tuer une inspection d'une conduite d'alimentation du Frioul, par plus de 30 mè­tres de fond. En compagnie de son directeur technique, Gérard Galorini, il plon­geait avec les gestes sûrs du professionnel. En surfa­ce, une équipe veillait à bord du bateau d'assistan­ce.

Soudain, alors qu'il pho­tographiait cette conduite, il voyait tout tourner. Puis plus rien... Victime d'un pe­tit malaise cardiaque, qui en surface n'aurait pas eu de conséquence, en revan­che sous l'eau, l'accident de décompression trop rapide était inévitable.

Paralysé

La solidarité des gens de mer aura permis à Gaby d'être transporté en un temps record à l'hôpital Sa-lavator, seul établissement habilité pour recevoir de telles urgences.

La grande famille des plongeurs était aussitôt avertie et deux de ses mé­decins spécialisés, M. Co­rnet et M. Jacquin, se por­taient à son chevet. Il fal­lait faire vite, car, après les premiers soins, une inquié­tante paralysie des jambes et des bras apparaissait.

Transféré à sa demande, à la clinique Résidence du Parc, Gaby était pris en main par l'ancien médecin de la "Calypso", Jean-Loup Nivelleau et le responsable du caisson de cet établisse­ment, Serge Gimenez.

L'infortuné plongeur re­venait de loin. Après avoir retrouvé l'usage de ses bras, il se croyait alors pri­vé à jamais de ses jambes :

"Quand cet accident est arrivé, j'ai compris que tout allait basculer dans ma vie professionnelle. Dans un premier temps, j'ai cru comprendre que je remarcherai jamais. je me suis vu foutu et je n'hési­tais pas alors à dire à mes proches que je n'accepterai pas de vivre avec un tel handicap."

"Quelques semaines ont suffi pour me faire réaliser qu'avec de la volonté et une solide détermination, j'ar­riverai à remarcher. Je ne perds pas espoir de pouvoir reprendre mon métier. Je me remettrai à l'eau pour l'ouverture de l'Europe en 1992..."

RetourVie

Dans la piscine du centre de Valmante, Gabriel Dodomenico arrive à marcher deux heures par jour, comme un "automate", en s'appuyant sur deux flotteurs.
Photo Natacha Clary

Gabriel Didoménico: ma passion, la mer

Cassis se trouve être de nouveau à l'honneur ce soir, sur F.R.3 grâce à l'émission « La Bride sur le cou », de Michèle Castanet qui sera pré­senté à 18 heures. Tout d'abord Gabriel Didomenico, bien connu et estimé de nos concitoyens, ancien corailleur transmettra aux télé­spectateurs toutes ses connais­sances sur l'or rouge, puis le chef-cuisinier du Restaurant César à Cassis proposera sa recette des « Paupiettes de Saint-Pierre à la menthe », enfin le peintre Robert Michel qui a exposé aux Salles Voûtées de l'hôtel-de-ville présen­tera ses dernières toiles. La mode chez le couturier Lanvin clôturera ce magazine.

MaPassion

Gabriel Didomenico revêtant sa tenue de scaphandrier. (Ph. A.)

Lors de la récente tempête, une vingtaine de bateaux ont été en­dommagés. Mais on a pu contas-ter qu'aucun n'appartenait au port de Saint-Jorioz et ceci grâce au système anti clapot qui l'en­toure. Cette construction fut en­visagée par le conseil municipal è la suite d'une violente tempête survenue en automne 1984. Les travaux débutèrent en février 1987 pour se terminer en mai. Ce système créé par Océamer est composé de parois ajourées qui cassent les mouvements des va­gues et d'un deuxième écran qui stoppe le clapot résiduel.

Ce principe est une première en Europe. Bien qu'on lui ait re­proché son manque d'esthétique et que l'on ait craint des détério­rations et des changements dans l'environnement, il n'en fut rien. La preuve en est que, dans les communes d'Annecy et de Doussard envisagent la même constructions. D'ailleurs il est fort probable que les Genevois optent pour cette nouvelle solu­tion. Les prêts accordés pour cette construction seront tous remboursés d'ici dix ans.

Finalement ce projet s'avère un succès pour Océamer ainsi que pour la commune de Saint-Jorioz, comme nous l'a confirmé M. Beauquis maire adjoint de la municipalité.

Ces lignes ont été écrites par deux jeunes élèves du C.E.S. de Saint-Jorioz qui dans le cadre de l'orientation profes­sionnelle avaient choisi de vi­vre deux jours avec les jour­nalistes. Elles ont été sur le « terrain » (notre photo).

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Il y a des gens qui peinent à remplir une seule vie. D'autres à qui quatre existences ne suf­firaient pas. Gabriel Di Dome­nico, alias Dido, est de ceux-là. Dans les milieux de la plon­gée sous-marine industrielle, il est connu comme le loup blanc. A la tête :de la société Océamer, ancrée dans l'Anse du Pharo, il porte au loin le sa­voir-faire marseillais dans cet­te dangereuse spécialité. Elle consiste à expédier sous l'eau des êtres non munis de bran­chies, pour souder des tuyaux, ins­pecter des digues ou des barra­ges, réparer une avarie par gros temps, décoincer des écluses, repêcher des épaves ou carrément plon­ger dans la "soupe" innom­mable d'une station d'épura­tion...

"Il y a dans ce livre de mémoires plus d'aventures et de suspense que dans "Mission Impossible"

Si le plongeur est reconnu comme un "pro", l'écrivain est un amateur débutant, anxieux de savoir si ce qu'il vient d'é­crire intéressera suffisamment de lecteurs pour que son édi­teur rentre au moins dans ses frais. On peut le rassurer. Il y a dans Io, Dido, autant d'a­ventures, de suspenses, de tra­gi-comédies, d'imprévus, de personnages hauts en couleurs - à commencer par l'auteur ! - que dans les meilleurs mo­ments de Mission Impossible. Je n'ai rien inventé, assure Ga­briel Di Domenico. Ce livre, je l'ai écrit d'abord pour moi. Au cours de ma brève scolari­té, j'ai nagé en permanence au­tour de la 28e place sur 32 élè­ves, c'est pourquoi c'était une expérience plus risquée que ré­parer un pipe-line par 150 mè­tres de fond. Quand j'ai eu fi­ni, j'ai laissé reposer. Puis, ma rencontre avec André Tardy, qui a fondé à 011ioules les Edi-tions de la Nerthe, a fait reve­nir le projet à la surface. Un accident de plongée en 1990 et l'immobilisation prolongée qui s'en est suivie m'a redonné goût à reprendre l'écriture et voilà comment est né "Io, Di-do".

C'est l'histoire d'un modeste petit-fils de Babis venus de Ro­me et de Naples au début du siècle, d'un minot du quartier du Petit-Nice aux pieds d'En-doume (la mer, déjà !), doté d'un père qui ne rigolait pas tous les jours. Elle commence dans l'immédiat après-guerre, au sein d'une bande "d'Apa­ches" dont les exploits font le désespoir des mères, des voi­sines et des instituteurs et s'a­chèvent souvent par une solide correction paternelle qui forge le caractère et empêche de s'asseoir pendant quelques jours. On y puise le goût im­modéré de l'aventure et la fa­culté de savoir encaisser en s'y tannant le cuir.

A dix-huit ans, explique Ga­briel Di-Domenico, muni d'un CAP de soudeur, j'avais fait plusieurs tentatives lamenta­bles pour trouver un emploi, quand -j'ai découvert ce "mé­tier ce fada" par hasard. Un di­manche matin, le bruit d'une voiture se fracassant sur le mur de la maison me tire du lit. De la voiture cabossée j'aide le conducteur à s'extraire. Dans le cof­fre on enten­dait un sif­flement. Le type me dit "attention, ça peut sau­ter ! ". C'é­tait une bou­teille de plongée et le conducteur maladroit un plongeur professionnel. Il m'apprit que tout le monde pouvait faire son métier. Suffisait de vouloir". Ainsi, au nom de la liberté, Di-do tira-t-il un trait définitif sur l'horizon barré de l'usine et de sa pointeuse.

Commença alors - en autodi­dacte - une carrière chez les "pirates". Ainsi se nomment-ils eux-mêmes, ceux qui - peu soucieux de règlements - "s'ar­rangent" avec la loi et les in­terdits et puisent dans la mer de quoi assu­rer leur Sub­sistance : pê­che aux violets ou aux oursins en périodes non autori­sées. Et quand au bout d'un col d'amphore grecque, il y a l'amphore en­tière, on ne se croit pas obligé d'alerter les populations... Il y preneurs et ça peut rapporter gros. Y compris de gros en­nuis : un tête-à-tête surprise avec les "darlans", ces poli­ciers de la Grande Bleue, man­dés par les Affaires maritimes pour surveiller les "Pieds Nic­kelés de la mer".

Je ne suis jamais entré aux Baumettes, avoue Gabriel Di Domenico avec une franchise désarmante, mais j'ai parfois frôlé la porte... Il fallait man­ger et faire manger la famille, je n'avais guère le choix. Et puis j'étais convaincu qu'on ne volait personne en prenant à la mer les fruits de son jardin. Il est si grand..."

Puis vint le temps des aven­tures. Etre prêt sur un simple coup de fil à partir à l'autre bout de la terre plonger dans des mers inconnues pour sau­ver un navire, débloquer une vanne, descendre sur une épave. Cette deuxième vie .naît grâce à une autre rencontre : celle d'Henri Portail, le Mes­sie de Dido, chef d'entreprise, expert auprès des tribunaux en matière de plongée sous-ma­rine, qui préférait les débrouil­lards, les enthousiastes, aux théoriciens et aux grosses tê­tes. Il fit confiance à "l'A­pache". Ainsi Dido connaîtra-t-il - au double sens du terme le sens -des most "ivresse dcs profondeurs". Découverte d'un métier qui vous amène à servir de doublure à Serge Reggiani dans le film Les aventûriers, à être coincé dans la vanne géante d'un barrage, à partir en expédition à la pêche aux cadavres dans les eaùx du lac Kivu, au Zaïre, où s'est crashé un Piper avec ses deux occupants.

Avec la surprise de découvrir que lesdits passagers transpor­taient avec eux assez de dia­mants pour ne plus avoir de soucis pendant des siècles, et la crainte que les amis des morts nous logent pour tout sa­laire une balle dans la tête, pour avoir vu ce qu'il ne fallait pas".

D'aventure en aventure, de la pêche au corail à celle des es-ques quand les temps rede­viennent difficile, de chutes brutales en résurrections ines­pérées, Gabriel Di Domenico aura tout connu de ce foutu métier. Les années-pactole où la crise pétrolière va faire de la Comex fondée par Henri De-lauze, le numéro un mondial de l'off shore, mais aussi les années-galère où l'on cherche fortune dans le commerce en grand des vers de mer (les bibis) pour la pê­che, les mis­sions-suicide dans les eaux (glacées) du Nord, à bord d'une plate-forme pétro­lière tanguant sur les flots déchaînés. J'ai toujours eu la trouille, avoue Dido. "Avant", pas "pendant."

"Je ne sais pas nager. Et alors ? Pour plonger, il suffit de se jeter à l'eau !

Depuis décembre 93 l'aventu­rier s'est mué en chef d'entre­prise, créant avec quatre an­ciens de chez Terrin, au chômage comme lui, Océamer au service de qui il met une ex­périence acquise depuis plus de trente ans.

La mort, Gabriel Di Domenico l'a tutoyée à plusieurs reprises. Pourtant son livre "bouffe la vie". Comme cette force qui l'habite, qu'il transmet au lec­teur dans ce livre passionné. C'est le message essentiel de ces mémoires d'un plongeur professionnel qui n'a jamais su, qui ne sait toujours pas... nager !

Et alors ? répond Gabriel dans un grand rire : pour plonger pas besoin de flotter. Il suffit de se jeter à l'eau !"

Jean CONTRUCCI