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8 mai 2021

Ce n'est pas Tintin s'apprê­tant ici à partir, sans Milou, vers la lune. Mais Gabriel Di Domenico, le "patron" d'Océamer, essayant la nouvelle com­binaison spéciale étanche per­mettant aux plongeurs de sa société de s'enfoncer sans dommage dans des milieux particulièrement hostiles -­stations d'épuration, fosses septiques et autres barrages aux eaux douteuses...

De fait, cet autodidacte de la mer de 42 ans, qui fit ses pre­mières armes sous l'eau en pê­chant oursins, violets et co­raux avant de devenir plon­geur puis pilote des submersi­bles de COMEX, s'est fait dé­sormais une spécialité de tous les travaux sous-marins au­tres que pétroliers. Et de Men­ton à Perpignan, en passant par les lacs d'Annecy ou de Serre-Ponçon, les quatre so­ciétés qu'il a créées ou reprises depuis 1982 se sont peu à peu imposées comme les leaders économiques régionaux dans leur domaine.

A preuve la première mon­diale réussie par ses plon­geurs, en 85 dans le barrage de Carcès (Var) : 37 mètres de soudure sous-marine pour changer une vanne déficiente. A preuve, encore, le contrat si­gné récemment avec la 6ème Flotte américaine pour l'en­semble des bâtiments faisant escale en Méditerranée fran­çaise : comme le "Fairfax", le "Charleston" ou le "Trenton" récemment, ceux-là verront désormais leurs coques con­trôlées, carénées ou brossées par les plongeurs d'Océamer qui vont, par ailleurs, partir aussi du côté d'Annecy d'ici un mois. Mission : installer, sur le barrage de St Jorioz, un écran anti-clapot, sorte de barrière d'acier plantée sur pieds au fond du lac, suivant le brevet déposé par lui autre marseil­lais, Jean-Louis Somnier...

Autodidacte

Or rouge

La devise de Gabriel Di Do­menico : "je fonce donc je suis!" Pour autant, cet intaris­sable conteur qui déteste les palabres et n'aime rien autant que l'efficacité, n'en oublie pas ses premières amours. Et pour "La bride sur le cou" de FR3, cet après-midi, il parlera de ce corail que son épouse vend dans leur boutique du port de Cassis. De cet "or rouge" qu'il pêcha naguère à travers le monde. Du côté de St Tropez, certes, mais aussi du Cap Vert, de la Yougoslavie, de la Tuni­sie ou du Maroc...

Vous avez dit aventure

Jean-Pierre CHANAL (La Provence)

Les drames de la plongée

Un "pro" entre la vie et la mort

Victime hier matin d'une syncope à moins 30 mètres, près de Pile du Frioul, Gabriel Di Dominico, patron de l'entre­prise de travaux sous-marins Océamer, a dû être admis d'urgence dans un caisson de décompression, à l'hôpital Salvator. (Photo Richard Colinet)

ProVieMort

Gabriel Didoménico: ma passion, la mer

Cassis se trouve être de nouveau à l'honneur ce soir, sur F.R.3 grâce à l'émission « La Bride sur le cou », de Michèle Castanet qui sera pré­senté à 18 heures. Tout d'abord Gabriel Didomenico, bien connu et estimé de nos concitoyens, ancien corailleur transmettra aux télé­spectateurs toutes ses connais­sances sur l'or rouge, puis le chef-cuisinier du Restaurant César à Cassis proposera sa recette des « Paupiettes de Saint-Pierre à la menthe », enfin le peintre Robert Michel qui a exposé aux Salles Voûtées de l'hôtel-de-ville présen­tera ses dernières toiles. La mode chez le couturier Lanvin clôturera ce magazine.

MaPassion

Gabriel Didomenico revêtant sa tenue de scaphandrier. (Ph. A.)

Lors de la récente tempête, une vingtaine de bateaux ont été en­dommagés. Mais on a pu contas-ter qu'aucun n'appartenait au port de Saint-Jorioz et ceci grâce au système anti clapot qui l'en­toure. Cette construction fut en­visagée par le conseil municipal è la suite d'une violente tempête survenue en automne 1984. Les travaux débutèrent en février 1987 pour se terminer en mai. Ce système créé par Océamer est composé de parois ajourées qui cassent les mouvements des va­gues et d'un deuxième écran qui stoppe le clapot résiduel.

Ce principe est une première en Europe. Bien qu'on lui ait re­proché son manque d'esthétique et que l'on ait craint des détério­rations et des changements dans l'environnement, il n'en fut rien. La preuve en est que, dans les communes d'Annecy et de Doussard envisagent la même constructions. D'ailleurs il est fort probable que les Genevois optent pour cette nouvelle solu­tion. Les prêts accordés pour cette construction seront tous remboursés d'ici dix ans.

Finalement ce projet s'avère un succès pour Océamer ainsi que pour la commune de Saint-Jorioz, comme nous l'a confirmé M. Beauquis maire adjoint de la municipalité.

Ces lignes ont été écrites par deux jeunes élèves du C.E.S. de Saint-Jorioz qui dans le cadre de l'orientation profes­sionnelle avaient choisi de vi­vre deux jours avec les jour­nalistes. Elles ont été sur le « terrain » (notre photo).

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Le "pirate" ne fait pas dans la dentelle... de Neptune

Reconverti avec bonheur dans la littérature subaquati• que, Gabriel Di Domenico est un multirécidiviste. Intitulé "Pi­rates". son sixième ouvrage vient en effet de paraître aux prestigieuses éditions Glénan. dans la collection 'Carnets de Plongée' que dirige le plon­geur-spéléologue Francis Le Guet Ce dernier est d'ailleurs l'un des héros de cette série d'anecdotes savoureuses dont Gabriel (dit "Dido", dit "le tê­tard') distille les détails avec un plaisir non dissimulé. Le Guen est donc ce "fada' qui un Jour de 1979 allait impression• ner ses pairs en réalisant une plongée aussi dangereuse qu'historique au plus profond de la résurgence sous-marine du Sestouan, dans l'actuel Parc des Calanques. Gabriel était aux premières loges pour ap­précier l'exploit en connais­seur. Car la vie aventureuse d'un plongeur-scaphandrier professionnel est loin d'être un long fleuve tranquille.

Emporté par sa plume en­crée d'humour noir et d'autodérision. l'auteur n'hésite pas à révéler certains actes peu glorieux commis sous la surface, en toute illegall-re . comme ces chasses sous-marines nocturnes me­nées à grand renfort d'éclairage "maison" ou cet in­croyable sabotage de la vedette des douanes de Marseille réali­sée au nez et à la barbe des "dar-lans" surnom de tout ce qui porte un uniforme sur l'entai, à son poste d'amarrage dans le Vieux-Port !Mals si contreban­de. trafics et braconnage ont fait les beaux Jours (et les belles nuits) du petit plongeur napoli­tain, notre pirate est parfois. passé très près de la correctionnelle, voire de la perpétuité. Et ce n'est pas derrière les bar­reaux qu'il risquait d'effectuer sa peine mais bien entre quatre planches. Plusieurs fois en ef­fet, Gabriel Di Domenico a vu la mort de près. Et s'il raconte aujourd'hui ses aventures avec légèreté. le plongeur n'en me­nait pas large à l'époque, que ce soit le jour où il faillit dispa­raisse dans la buse d'un barra­ge ou lors de cet audacieux bras de fer engagé avec la ma­fia; partie de poker dont il De sortit vivant que grâce à un coup de bluff magistral. Et ne parlons pas de ce réveillon de Nol où deux balles de 44 mag­num auraient pu définitive­ment giicher la fête, envoyant quand même le têtard aux ex­trêmes urgences de l'hôpital de Sainte-Marguerite...

 Philippe GALLINI

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Il y a des gens qui peinent à remplir une seule vie. D'autres à qui quatre existences ne suf­firaient pas. Gabriel Di Dome­nico, alias Dido, est de ceux-là. Dans les milieux de la plon­gée sous-marine industrielle, il est connu comme le loup blanc. A la tête :de la société Océamer, ancrée dans l'Anse du Pharo, il porte au loin le sa­voir-faire marseillais dans cet­te dangereuse spécialité. Elle consiste à expédier sous l'eau des êtres non munis de bran­chies, pour souder des tuyaux, ins­pecter des digues ou des barra­ges, réparer une avarie par gros temps, décoincer des écluses, repêcher des épaves ou carrément plon­ger dans la "soupe" innom­mable d'une station d'épura­tion...

"Il y a dans ce livre de mémoires plus d'aventures et de suspense que dans "Mission Impossible"

Si le plongeur est reconnu comme un "pro", l'écrivain est un amateur débutant, anxieux de savoir si ce qu'il vient d'é­crire intéressera suffisamment de lecteurs pour que son édi­teur rentre au moins dans ses frais. On peut le rassurer. Il y a dans Io, Dido, autant d'a­ventures, de suspenses, de tra­gi-comédies, d'imprévus, de personnages hauts en couleurs - à commencer par l'auteur ! - que dans les meilleurs mo­ments de Mission Impossible. Je n'ai rien inventé, assure Ga­briel Di Domenico. Ce livre, je l'ai écrit d'abord pour moi. Au cours de ma brève scolari­té, j'ai nagé en permanence au­tour de la 28e place sur 32 élè­ves, c'est pourquoi c'était une expérience plus risquée que ré­parer un pipe-line par 150 mè­tres de fond. Quand j'ai eu fi­ni, j'ai laissé reposer. Puis, ma rencontre avec André Tardy, qui a fondé à 011ioules les Edi-tions de la Nerthe, a fait reve­nir le projet à la surface. Un accident de plongée en 1990 et l'immobilisation prolongée qui s'en est suivie m'a redonné goût à reprendre l'écriture et voilà comment est né "Io, Di-do".

C'est l'histoire d'un modeste petit-fils de Babis venus de Ro­me et de Naples au début du siècle, d'un minot du quartier du Petit-Nice aux pieds d'En-doume (la mer, déjà !), doté d'un père qui ne rigolait pas tous les jours. Elle commence dans l'immédiat après-guerre, au sein d'une bande "d'Apa­ches" dont les exploits font le désespoir des mères, des voi­sines et des instituteurs et s'a­chèvent souvent par une solide correction paternelle qui forge le caractère et empêche de s'asseoir pendant quelques jours. On y puise le goût im­modéré de l'aventure et la fa­culté de savoir encaisser en s'y tannant le cuir.

A dix-huit ans, explique Ga­briel Di-Domenico, muni d'un CAP de soudeur, j'avais fait plusieurs tentatives lamenta­bles pour trouver un emploi, quand -j'ai découvert ce "mé­tier ce fada" par hasard. Un di­manche matin, le bruit d'une voiture se fracassant sur le mur de la maison me tire du lit. De la voiture cabossée j'aide le conducteur à s'extraire. Dans le cof­fre on enten­dait un sif­flement. Le type me dit "attention, ça peut sau­ter ! ". C'é­tait une bou­teille de plongée et le conducteur maladroit un plongeur professionnel. Il m'apprit que tout le monde pouvait faire son métier. Suffisait de vouloir". Ainsi, au nom de la liberté, Di-do tira-t-il un trait définitif sur l'horizon barré de l'usine et de sa pointeuse.

Commença alors - en autodi­dacte - une carrière chez les "pirates". Ainsi se nomment-ils eux-mêmes, ceux qui - peu soucieux de règlements - "s'ar­rangent" avec la loi et les in­terdits et puisent dans la mer de quoi assu­rer leur Sub­sistance : pê­che aux violets ou aux oursins en périodes non autori­sées. Et quand au bout d'un col d'amphore grecque, il y a l'amphore en­tière, on ne se croit pas obligé d'alerter les populations... Il y preneurs et ça peut rapporter gros. Y compris de gros en­nuis : un tête-à-tête surprise avec les "darlans", ces poli­ciers de la Grande Bleue, man­dés par les Affaires maritimes pour surveiller les "Pieds Nic­kelés de la mer".

Je ne suis jamais entré aux Baumettes, avoue Gabriel Di Domenico avec une franchise désarmante, mais j'ai parfois frôlé la porte... Il fallait man­ger et faire manger la famille, je n'avais guère le choix. Et puis j'étais convaincu qu'on ne volait personne en prenant à la mer les fruits de son jardin. Il est si grand..."

Puis vint le temps des aven­tures. Etre prêt sur un simple coup de fil à partir à l'autre bout de la terre plonger dans des mers inconnues pour sau­ver un navire, débloquer une vanne, descendre sur une épave. Cette deuxième vie .naît grâce à une autre rencontre : celle d'Henri Portail, le Mes­sie de Dido, chef d'entreprise, expert auprès des tribunaux en matière de plongée sous-ma­rine, qui préférait les débrouil­lards, les enthousiastes, aux théoriciens et aux grosses tê­tes. Il fit confiance à "l'A­pache". Ainsi Dido connaîtra-t-il - au double sens du terme le sens -des most "ivresse dcs profondeurs". Découverte d'un métier qui vous amène à servir de doublure à Serge Reggiani dans le film Les aventûriers, à être coincé dans la vanne géante d'un barrage, à partir en expédition à la pêche aux cadavres dans les eaùx du lac Kivu, au Zaïre, où s'est crashé un Piper avec ses deux occupants.

Avec la surprise de découvrir que lesdits passagers transpor­taient avec eux assez de dia­mants pour ne plus avoir de soucis pendant des siècles, et la crainte que les amis des morts nous logent pour tout sa­laire une balle dans la tête, pour avoir vu ce qu'il ne fallait pas".

D'aventure en aventure, de la pêche au corail à celle des es-ques quand les temps rede­viennent difficile, de chutes brutales en résurrections ines­pérées, Gabriel Di Domenico aura tout connu de ce foutu métier. Les années-pactole où la crise pétrolière va faire de la Comex fondée par Henri De-lauze, le numéro un mondial de l'off shore, mais aussi les années-galère où l'on cherche fortune dans le commerce en grand des vers de mer (les bibis) pour la pê­che, les mis­sions-suicide dans les eaux (glacées) du Nord, à bord d'une plate-forme pétro­lière tanguant sur les flots déchaînés. J'ai toujours eu la trouille, avoue Dido. "Avant", pas "pendant."

"Je ne sais pas nager. Et alors ? Pour plonger, il suffit de se jeter à l'eau !

Depuis décembre 93 l'aventu­rier s'est mué en chef d'entre­prise, créant avec quatre an­ciens de chez Terrin, au chômage comme lui, Océamer au service de qui il met une ex­périence acquise depuis plus de trente ans.

La mort, Gabriel Di Domenico l'a tutoyée à plusieurs reprises. Pourtant son livre "bouffe la vie". Comme cette force qui l'habite, qu'il transmet au lec­teur dans ce livre passionné. C'est le message essentiel de ces mémoires d'un plongeur professionnel qui n'a jamais su, qui ne sait toujours pas... nager !

Et alors ? répond Gabriel dans un grand rire : pour plonger pas besoin de flotter. Il suffit de se jeter à l'eau !"

Jean CONTRUCCI

 

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Trois des plongeurs surveillent à partir de la surface la plongée du quatrième membre de l'équipe.  (Photo Y.F.)

Divers2M. Dumaine, chef de l'équipe, de retour d'une plongée, M. Verlaque et un plongeur d'Océamer auprès du moteur électrique de la nouvelle vanne. (Photo Y.F.)