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25 novembre 2020

UN SCAPHANDRIER MARSEILLAIS DEVIENT P.-D.G.

Gabriel D. Domenico (41 ans) voulait ten­ter l'aventure de la création. Cet aventurier de la mer a donc monté ses propres entreprises : « Les ressources sous-marines » tout d'abord ; , « Oceamer » ensuite. Et ça marche

Il s'est créé, en France 84, plus de 80.000 sociétés et entreprises, alors que 24.300 autres disparaissaient. Des chiffres a priori surprenants dans le contexte économique actuel, qui prouvent que malgré la crise, malgré les lenteurs administratives, des hommes et des femmes font le pari de créer leur entreprise. A quelques jours du « Carrefour international des Créateurs d'Entreprise » qui s'ouvrira le 23 mai à Marseille, « Le Provençal » est allé voir quelques-un de ces « nouveaux patrons » de notre région.

« Il n'est pas obligatoire d'être fou pour travailler ici, mais ça aide... »

Il n'a pas opposé par hasard cette phrase sur la porte d'entrée de son bureau, face à sa table de travail et au casque de scaphandrier qu'il utilisa à ses débuts, Gabriel Di Do­menico. Cet ancien mécano mar­seillais de 41 ans qui s'ennuyait, adolescent, dans un garage, et vou­lait à la fois « tenter l'aventure et gagner du fric », le dit lui-meme en souriant :

« Je suis un peu fou! »

Plus que de la folie pourtant, ce petit bonhomme brun aux yeux rieurs et aux mains en perpétuel mouvement, qui avoue « avoir long­temps fait le complexe du manque d'instruction », avait le goût de la mission impossible. Du défi, aux autres comme à lui-même :

«J'avais, et j'ai toujours, l'envie de gagner... »

Son histoire, de fait, est une épo­pée mouvementée dont il faut brû­ler les étapes pour le retrouver, au­jourd'hui, à la tête — en tant qu'ac­tionnaire principal — de 3 sociétés, récentes mais apparemment pros­pères, de l'univers sous-marin. Elle commence donc lorsqu'à 17 ans, il « plaquait » volontiers l'atelier pour aller traîner sur les quais. Il se jet­tera — littéralement — à l'eau pour y « pirater » oursins, violets. Et tout ce que la mer recèle de trésors. Y compris le corail, qu'il va alors chercher au large de l'Algérie, de la Tunisie, du Maroc, du Congo, du Cap Vert et d'ailleurs.

Activité

En 62, le voilà scaphandrier dé­butant chez « l'Hippocampe » qu'il vient tout récemment de re­prendre. Puis, en 65, scaphandrier-professionnel effectuant toutes sortes de travaux portuaires, jus­qu'à ce qu'il renconte, au début des années 70, Henri Delauze. Le coup de foudre : il sera de tous les « coups » d'une COMEX qu'il dé­couvre naissante mais qu'il quitte à son sommet en 81. Plongeur, sou­deur hyper-bare, pilote de sous-marin de poche, instructeur : Ga­briel Di Domenico, qui a tout juste son certificat d'études, s'en va, ca­dra, avec un titre d'ingénieur-mai­son. Et de sérieuses références, lui qui a « bourlingué » sur bon nom­bre de mers du globe, qui a vécu des jours et des jours en caisson et travaillé plusieurs dizaines d'heu­res par jour à des profondeurs de 80, 100 ou 150 mètres :

« La mer, ça ne s'apprend pas à l'école », dit-il.

Il n'avait pas pour autant assouvi son attrait pour le risque, son com­plexe culturel et sa soif de gains —dans les années 76, il « tournait », selon les périodes, à 70.000 F men­suels !

« Il t en a qui « flambent », d'au­tres qui boivent ou se piquent, re­prend-il. Moi, quand arrive le week-end, je m'ennuie : mon truc, c'est le boulot. L'activité. Je ne me suis jamais levé un matin en souf­frant de devoir y aller. Je ne l'au­rais pas fait ! Milliardaire, je serais encore là... »

Sécurité

Il quitte donc la COMEX avec la certitude qu'Henri Delauze ne lui « cassera pas les reins ». Mais au contraire, avec un viatique offert par son ex-patron : un sous-marin de poche, avec laquel il espère dra­guer tous les coraux qui gisent au large de Cavalaire et d'ailleurs. Tout cela dans le cadre de LRS, « Les Ressources Sous-Marines », la première société qu'il créé et dont il reste, aujourd'hui, le princi­pal actionnaire. - Une société qui s'est, depuis, spécialisée dans l'as-sisatance technique et opération­nelle off-shore...

« De temps en temps, je fais ma « crise de sécurité », moi qui aime bien vivre, poursuit Gabriel Di Do­menico. Pendant un an, j'ai « décro­ché »... et créé à Cassis un commer­ce où je vendais du corail et des pierres taillées... ».

Une réussite, paraît-il. Qui pour­tant ne l'apaise pas. Et après avoir fait construire un petit « battsca-phe » destiné à promener les tou­ristes cassidains dans le cadre de « LRS », le voilà qui créé, en décem­bre 83 et avec l'aide d'un investis­seur, e Océamer » — dont les 4 plon­geurs des débuts sont aujourd'hui devenus 9. Tous actionnaires. « Des aventuriers », dit Gabriel Di Dome­nico, spécialisés dans la chaudron­nerie, la mécanique, le brossage, le « contrôle non-destructif » sous-marin bien sûr.

Ambition

Reste que Gabriel Di Domenico, qui r n'aime pas le mot patron », qui avait tout tenté pour dissuader son fils de devenir scaphandrier mais vient finalement de l'engager à « Océamer » après que celui-ci ait brillamment réussi ses examens, qui a écrit un « bouquin vrai de souvenirs vrais » après un accident de plongée, et qui n'exclut pas de tout « plaquer » pour partir en un lieu désert avec « quelques épaves de notre société pour leur redonner ambition et goût de vivre », Gabriel Di Domenico donc regrette le temps qu'il passait sous l'eau : « Ca peut « gueuler » tant que ça veut, en haut, dit-il. Là, on est tran­quille, en équilibre. Savoir ce qu'est un escompte, une traite, déjeuner avec des clients, c'est pas ma vie... »

Jean-Pierre CHANAL (La Provence)