Gabriel Di Domenico: Il n'y a pas de surhomme

Peu de temps avant son accident, le patron d'Océamer parlait des risques de la plongée et des précautions à prendre

Il a bourlingué sur toutes les mers et vécu toutes les mésa­ventures de la plongée indus­trielle. Gabriel Di Dominico, 47 ans; patron d'Océamer à Mar­seille et grand professionnel des travaux sous-marins, était aux côtés de ses hommes hier matin pour effectuer une plon­gée d'inspection sur une con­duite d'alimentation de l'archi­pel du Frioul, par 30 mètres de fond.

Un travail de routine, effec­tué par beau temps et qui, en principe, ne présentait pas de difficultés particulières. Mais, en dépit des précautions dra­coniennes prises par ces spé­cialistes, Gaby a été victime d'une syncope. Immédiate­ment secouru et aussitôt transporté au Port Autonome de Marseille, où une ambulan­ce des Marins-Pompiers l'a transféré à l'Hôpital Salvator, il luttè depuis pour survivre dans un caisson de décom­pression.

Il y a quelques jours, Gabriel Di Dominico nous avait accor­dé une interview, sur les dan­gers de la plongée et les pré­cautions à prendre. Sa pruden­ce face aux risques perma­nents d'une intervention ou d'une simple balade sous-ma­rine nous avait surpris.

"Je suis toujours inquiet"

En effet, malgré sa solide expérience, de la chasse sous-marine à la plongée profonde en Mer du Nord sur les champs pétroliers, il conserve une modestie exemplaire face aux éléments: "D'homme fort, il n'y en a pas. C'est pas parce que l'on a de l'expérience que l'on est à l'abri. Lorsque mes hommes plongent je suis tou­jours inquiet. Moi-même, avant de mettre à l'eau, j'ai à chaque fois une appréhension. J'en apprends tous les jours. li y a de la casse dans notre mé­tier. Mais tout de même moins qu'en apnée, en raison des ris­ques d'anoxie."

Gabriel Di Dominico est for­mel. D'abord il faut être selon lui en bonne condition physi­que et éviter de plonger lors­que l'on est pas en bonne forme.

"C'est vrai, le film le Grand Bleu a fait beaucoup de dégats. Avant, quand un gars descen­dait à 10 ou 12 mètres, c'é'iait un as. Aujourd'hui ils sont de plus en plus nombreux à descendre à plus de 20 mètres et restent 2 à 3 minutes sous l'eau."

Le patron d'Océamer, l'une des toutes premières entrepri­ses de travaux sous-marins, s'étonne des prix trop bas pra­tiqués par les écoles de plon­gée: "Comment, en cas de pa­nique, un moniteur peut-il s'occuper de plusieurs élèves? [1 ne peut prendre en charge qu'un seul stagiaire. Je les obligerais à avoir sinon un caisson de décompression au moins de l'oxygène à bord, en ayant au préalable demandé aux élèves de subir un test pour connaître une éventuelle réaction à ce gaz. Les clubs de­vraient organiser régulière­ment des exercices de simula­tion d'accident et il faut que les moniteurs aient leur brevet de secouriste."

Provence28Aout1990

En ce qui concerne la chasse-sous-marine, Gabriel Di Dominico estime qu'il faut imposer un brevet, "afin que les gars aient des notions de la chasse et ne fassent pas n'im­porte quoi, comme sortir de l'eau avec un fusil armé..."

Expert maritime et pilote de sous-marins, Gaby est un plongeur qui a su concilié passion et travail, en réussissant, avec Océamer, à créer une en­treprise particulièrement per­formante.

Cet homme d'action, qui puise sa force dans de solides qualités humaines, doit au­jourd'hui surmonter une épreuve à laquelle il s'était préparé.

Félix AUBRY de la NOE

-